Pour quoi l’expérience de vie ?
Face au constat que certains jeunes échappent aux parcours classiques et multiplient les ruptures, il est devenu urgent de penser d’autres manières de faire soin. C’est dans cet esprit qu’est né, en novembre 2025, ce projet pilote de recherche-action porté par le réseau Archipel.
L’Expérience de Vie (EDV) propose un cadre flexible où chaque micro-expérience possède sa propre valeur. Loin d’exiger une progression linéaire, le dispositif valorise chaque petit pas — même le simple fait de sortir de chez soi — en acceptant qu’une avancée puisse être suivie de reculs. Il mise sur la richesse de l’instant vécu pour redonner du sens, soutenu par un accompagnement qui crée du lien et respecte la singularité de chaque jeune.
Quand les dispositifs habituels ne permettent plus au jeune d’avancer, il devient nécessaire d’imaginer d’autres chemins.
C’est quoi ?
L’EDV se conçoit comme un complément indispensable aux soins traditionnels. C’est un dispositif bas seuil : concret, gratuit et qui accueille le jeune là où il est.
Sa règle d’or ? Ni engagement durable, ni exigence de performance. Contrairement aux parcours classiques qui demandent de « pousser la porte » ou d’être régulier, l’EDV ne demande rien pour commencer. Chaque tentative, même la plus fragile, y est accueillie comme une victoire.
Ici, l’activité n’est pas une fin en soi. Qu’il s’agisse de prendre soin d’animaux, de mettre les mains dans la terre ou de rencontrer quelqu’un, ces gestes deviennent thérapeutiques grâce à un accompagnement sur-mesure. Celui-ci respecte le temps psychique du jeune : il accepte les ratés, les silences et les hésitations, tout en maintenant un lien stable et bienveillant. L’objectif est de restaurer le pouvoir d’agir, de recréer du lien et de redonner confiance, en appui des autres prises en charge.
La philosophie en bref : Chaque tentative compte. Même un déplacement, même une heure, même une rencontre. Chaque micro-expérience devient un point d’appui, soutenue par une relation qui tient bon malgré les aléas.
Les principes clés :
- Gratuit & Bas seuil
- Sur mesure & Sans obligation de performance
- Respect du rythme (avancées et reculs acceptés)
- Valorisation des micro-réussites
Pour qui ?
Ce projet porté par le dispositif K-Ban est pensé pour les jeunes de 16 à 23 ans résidant en Brabant wallon qui sont en rupture ou en souffrance psychique, et que les circuits traditionnels ne parviennent plus à atteindre.
Il vise spécifiquement ceux pour qui :
- Pousser la porte d’un service ou rejoindre un groupe semble impossible.
- Faire preuve de régularité ou formuler une demande claire est hors de portée.
- Les transitions créent un vide angoissant, rendant le retour au quotidien trop difficile à affronter seul.
Pour ces jeunes dont le parcours est marqué par des ruptures, l’EDV ne demande pas de « faire ses preuves ». Elle va les chercher là où ils sont pour transformer un simple instant de vie en un point d’appui.
Précision importante : L’EDV ne se substitue pas aux soins médicaux ou psychologiques. Elle intervient en complément, lorsqu’une approche différente, concrète et relationnelle, semble pertinente pour soutenir le jeune là où les dispositifs habituels montrent leurs limites.
Comment ?
UN SOUTIEN AUX PROFESSIONNELS :
Vous accompagnez un jeune et vous êtes dans une impasse ? L’EDV intervient lorsque les accompagnements s’essoufflent, que rien ne semble fonctionner ou que le jeune ne se mobilise plus. Il ne s’agit pas d’une solution miracle, mais d’une opportunité pour essayer autrement.
La chargée de mission « Expérience de Vie » soutient le réseau à travers quatre axes complémentaires :
- Réfléchir autrement : Accueillir votre demande, analyser la situation de blocage et chercher ensemble d’autres pistes là où le classique échoue.
- Identifier et relier : Mobiliser le répertoire d’expériences, activer les lieux partenaires ou en créer de nouveaux, puis faciliter la mise en lien pour que le jeune puisse vivre ces micro-expériences.
- Faire vivre le dispositif : Garantir la philosophie du projet en prenant soin des lieux d’accueil, en développant le réseau et en organisant des immersions formatives pour que les professionnels puissent eux-mêmes éprouver ces chemins de traverse.
- Soutenir l’accompagnement dans la durée : La chargée de mission ne se limite pas à la mise en lien ; elle reste présente pour échanger régulièrement, décoder les réactions du jeune et ajuster la stratégie. Ces retours d’expérience concrets viennent d’ailleurs enrichir le répertoire commun, transformant chaque tentative en une ressource partagée pour l’avenir.
UN ACCOMPAGNEMENT SUR-MESURE SOUS CONDITION :
Cette intervention ne se décide pas par défaut, mais suite à une réflexion commune avec le professionnel qui connaît le jeune. Avant d’agir, nous nous posons ensemble ces questions essentielles : Qu’est-ce que la présence de la chargée de mission va permettre de différent par rapport à ce qui existe déjà ? Pourquoi est-ce pertinent ici ? Maintenant ?
Si cette analyse confirme qu’un regard neuf est la clé pour tenter de débloquer la situation, et que le jeune donne son accord pour cette mise en lien, alors un accompagnement sur mesure peut se mettre en place. La chargée de mission intervient en solo selon quatre axes :
- Une posture non-thérapeutique : Elle n’agit pas avec une « casquette psy », mais comme un tiers neutre, libéré des enjeux du suivi habituel.
- Une collaboration étroite : son action reste systématiquement articulée avec au moins un professionnel de référence. Cet échange lui permet de se saisir des éléments vécus pour nourrir et ajuster le trajet de soin ou d’aide, garantissant ainsi la cohérence du parcours.
- L’effet de surprise et de valorisation : En allant chercher le jeune là où il est et en empruntant des « chemins de traverse », elle vise à rompre les habitudes. L’objectif n’est pas une transformation immédiate, mais de valoriser chaque mise en mouvement, aussi minime soit-elle (un déplacement, une parole, un geste), pour montrer au jeune qu’il est capable d’agir, ici et maintenant.
- Un accompagnement flexible et persévérant : Ce soutien s’adapte aux allers-retours du jeune. Il valorise les expériences concrètes réussies, mais reste tout aussi présent dans les moments de ratés ou de recul. L’objectif est de tenir la relation malgré tout, offrant un point d’appui stable même quand le jeune vacille.
C’est une démarche concertée, validée par le jeune et le professionnel, pour tenter, pas à pas, une approche différente afin de redonner du mouvement.
Concrètement, comment ça marche ?
- Contact : Vous prenez contact avec la chargée de mission.
- Analyse : Un échange permet d’analyser la situation et de mieux cerner les besoins spécifiques.
- Action sur-mesure : Selon la demande, la chargée de mission active l’une des pistes suivantes :
- Soutien réflexif et/ou à la mise en lien avec un lieu d’accueil ou une personne ressource.
- Co-construction de chemins de traverse avec les équipes notamment via des immersions formatives permettant aux professionnels d’éprouver l’expérience par eux-mêmes avant de la proposer.
- Le cas échéant, mise en lien directe avec le jeune pour un accompagnement sur mesure par la chargée de mission.
Qui peut faire appel à la chargée de mission « Expériences de Vie » ?
Le dispositif est accessible à tout professionnel impliqué dans la santé mentale ou le bien-être des jeunes en Brabant wallon.
En pratique :
Catherine OTTE
Chargée de mission « Expériences de Vie »